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L 'Institut
des droits de l'homme du barreau de Beyrouth, le Forum des ONG libanaises et
Penal Reform International ont organisé conjointement le
séminaire sur la réforme pénale et les alternatives
à l'incarcération. A l'origine, le séminaire devait durer,
en tout, 4 jours : 2 jours pour les ONG et 2 jours pour les juristes. Mais
l'organisation et le programme ont dû être modifiés à
la dernière minute en raison d'un événement dramatique qui
a bouleversé tout le pays. En effet, le 8 juin, dans le tribunal de
Saïda, la principale ville du Liban Sud, des individus ouvraient le feu,
tuant les 4 magistrats qui siégeaient et blessant plusieurs personnes.
Cet événement sans précédent a créé
un véritable choc au niveau national. En signe de deuil, mais aussi de
protestation, les tribunaux et cours de justice ont gardé leurs portes
closes pendants trois jours et les écoles sont restées
fermées pendant toute une journée. Par respect, le
séminaire auquel devaient participer les juristes a été
écourté et n'aura finalement duré qu'un jour et
rassemblé entre 30 et 50 personnes. Néanmoins, le
séminaire destiné aux ONG aura réuni une trentaine de
personnes qui représentaient 14 ONG, pour la plupart basées dans
la région de Beyrouth. Ces ONG mènent pour la plupart des
activités régionales, la seule d'entre elles à avoir une
action au niveau national est l'AJEM.
Objectif du
séminaire L'objectif du séminaire était de
sensibiliser les avocats, les magistrats ainsi que les membres d'organisations
non gouvernementales aux alternatives à l'incarcération afin
d'étudier en commun les possibilités de les introduire dans le
système pénal libanais.
Les intervenants
étrangers L' intervention d'experts internationaux,
spécialistes et praticiens des questions pénitentiaires et
pénales, a été organisée et prise en charge par
Penal Reform International.
Il s'agissait de : - Rob Allen,
directeur, recherche et développement à NACRO (National
Association for the Care and Ressettlement of Offenders,
Londres. - Alain Blanc, conseiller à la Cour
d'Appel de paris, ancien directeur de la réinsertion à la
Direction de l'Administration pénitentiaire,
Ministère de la justice français. - Ludovic
Fossey, magistrat à la Direction de l'Administration
pénitentiaire, ancien juge d'application des peines, Ministère de
la justice français. - Rémy Heitz,
magistrat, chef de bureau de la justice pénale et des libertés
individuelles, Ministère de la justice français. - Ahmed
Othmani, président de Penal Reform International.
Le contexte socio-juridique
libanais et les alternatives à l'incarcération
Le manque de
participation des magistrats n'aura pas aidé à se faire une
idée précise de leur opinion, ni à établir avec
certitude quelle était la situation en matière d'application des
alternatives à l'emprisonnement au Liban. Avec un système
juridique basé sur un modèle français, il y a eu
d'importantes et longues discussions sur différentes questions et
notamment sur les sortes d'alternatives à l'incarcération que la
loi libanaise pourrait réellement intégrer. Il n'y a pour
l'instant que peu de place pour le travail d'intérêt
général ou la probation, mais on note des possibilités
véritables de recourir à des alternatives pour les jeunes
(âgés de 12 à 18 ans). Pour les adultes, si cela semble
plus difficile, certains participants ont néanmoins évoqué
la possibilité de prononcer un ajournement des peines ou de remplacer
certaines peines par des peines alternatives. Mais cela ne se produit que
rarement dans la pratique. La loi libanaise autorise aussi que les
drogués puissent recevoir un traitement en dehors de la prison, mais si
ceux-ci ont commis d'autres crimes, ils seront alors punis pour ces crimes. Il
semble également qu'il n'y ait aucun moyen de réduire la
durée d'une peine de prison une fois qu'elle est prononcée. Les
prisons sont sous la responsabilité du Ministère de
l'Intérieur et gérées par la police. Des propositions ont
été déposées pour qu'elles soient
transférées au Ministère de la Justice. Il existe un
certain nombre d'ONG travaillant dans les prisons et auprès des
prisonniers, et tout particulièrement les jeunes. AJEM propose,
grâce à une équipe multi-disciplinaire, des
activités médicales, sociales et juridiques. Il y a des
programmes spéciaux pour les drogués (Oum El Nour), les jeunes
femmes délinquantes et les jeunes délinquants (Caritas, Terre des
Hommes). La plupart des ONG sont religieuses bien qu'elles semblent s'adresser
et apporter des activités à tous. Il existe une structure de
coordination des ONG travaillant dans le domaine des prisons, le Forum des ONG
Libanaises.
Des étapes indispensables à l'intégration
et au développement du recours aux alternatives à
l'emprisonnement L'Institut des Droits de l'Homme à Beyrouth a
essayé de mettre en place une commission pour faire avancer la mise en
place des alternatives. Parmi les démarches qui doivent être
effectuées, si elles ne l'ont pas déjà été,
il y a : - Une analyse technique du code pénal libanais et de la
jurisprudence, ainsi que des propositions de loi nouvelles faites en
matière de jeunes délinquants pour
déterminer les possibilités d'introduire au niveau juridique les
alternatives à l'emprisonnement au stade de
l'arrestation, de la détention préventive et de
l'application des peines. - Une étude sur la population
carcérale permettant d'identifier chaque catégorie de
détenus avec précision selon des critères tels
que l'âge, la nature du crime, les
antécédents, judiciaires et pénaux, la situation
médicale et sociale
pour déterminer plus facilement les
peines et les condamnés qui pourraient
bénéficier d'une transformation de leur peine en peines
d'intérêt général. - Une commission
d'application des peines - composée de magistrats, d'avocats et de
représentants d'ONG - chargée de guider et de
conseiller, à travers l'élaboration de propositions,
les tribunaux et les cours sur les peines adaptées à chaque crime
et à chaque criminel, avec comme objectif la
nécessité de limiter l'incarcération. - Une
enquête sur la prévention du crime permettant d'établir un
tableau relativement précis de la situation au Liban concernant les
différents types de crimes perpétrés, leur
variation quantitative dans le temps et les conflits qui peuvent se produire au
sein des différentes communautés ou entre elles. Un
tel tableau mettrait en lumière les zones où on observe une
concentration de la criminalité, mais indiquerait
également les initiatives et mesures diverses prises pour faire diminuer
cette criminalité à travers le soutien au
développement et aux jeunes.
Des étapes indispensables
à l'intégration et au développement du recours aux
alternatives à l'emprisonnement Ce qui implique : - une individualisation des
peines : une négociation avec les magistrats afin d'étudier les
alternatives à l'emprisonnement auxquelles on peut
avoir recours pour certains types de crimes tels que par exemple les vols
dépassant un certain montant ou quand la peine de
prison est inférieure à un an. - La
suspension des peines : certaines peines de prison devraient, dans certains
cas, pouvoir être partiellement ou totalement suspendues,
c'est-à-dire prononcées avec sursis pour une
période d'un an à trois ans. - L'ajournement des peines : dans
certains cas, la peine ne doit pas être appliquée avant trois, six
ou douze mois. Si pendant cette période, le
délinquant ne crée plus aucun problème, trouve du travail
et fait des efforts pour indemniser la victime, la sentence devrait
pouvoir être prononcée seulement de
manière formelle ou selon le cas être tout bonnement
reportée sine die. - Le travail d'intérêt
général : une version adaptée du programme modèle
de mise en place du travail d'intérêt général au
Zimbabwe, dans lequel les criminels non violents effectuent
un certain nombre d'heures de travail non rémunérées pour
la communauté (par exemple, construction, aide aux
personnes handicapées ou défavorisées
), peut
être mise en uvre. - La réparation : la
possibilité pour les criminels de réparer ce qu'ils ont fait en
versant une compensation financière à leurs victimes ou
en effectuant pour elles, gratuitement, un certain nombre
d'heures de travail ou en participant à d'autres activités dont
les victimes pourraient bénéficier directement
ou indirectement. - Une remise de peine pour les criminels non violents qui
arrivent en fin de peine, par exemple, trois mois avant que celle-ci ne
s'achève, si ceux-ci se sont bien conduits. - La
liberté conditionnelle : elle devrait être possible sous certaines
conditions pour les prisonniers en attente de jugement. Ainsi, ceux qui
ne présentent pas de risque seraient autorisés
à rentrer chez eux, sous certaines conditions, comme celle de rester
éloignés de certaines personnes ou de certains
lieux et d'être rentrés chez eux à une heure
précise. - Des limites de temps ou échéances doivent
être posées pour chaque étape par lesquelles passe une
affaire judiciaire avec pour objectif de diminuer les
délais au maximum pour chaque phase, et ainsi pour la période de
détention préventive faire en sorte qu'elle soit la plus
courte possible. - Prononcer les peines d'emprisonnement
sous quelques jours et non plus après des mois ou des années, il
a en effet été démontré que cela
pouvait réduire la longueur des peines.
Par ailleurs, certains
types d'alternatives doivent être expérimentées
auprès de catégories de délinquants
déterminés, tels que : - Les délinquants
juvéniles de moins de 18 ans. - Les jeunes délinquants de
moins de 21 ans - Les délinquants condamnés pour la
première fois. - Les femmes - Les malades mentaux - Ceux ayant
des problèmes de drogue ou d'alcool.
Perspectives Il existe de réelles
possibilités pour un développement des alternatives à
l'emprisonnement au Liban. Bien que le séminaire ait, auprès de
certains groupes, atteint son objectif qui était de sensibiliser et
informer sur les alternatives à l'incarcération, le climat
socio-politique n'était cependant pas complètement favorable au
développement de telles politiques. On peut cependant indiquer que les
ONG ont un rôle clef à jouer dans ce domaine, en aidant notamment
au développement de mesures simples et concrètes auxquelles les
cours et tribunaux peuvent recourir. C'est d'ailleurs ainsi que beaucoup de
pays ont développé le recours à certaines sortes
d'alternatives à l'emprisonnement. A côté de tout cela, il
semble nécessaire de renseigner les jeunes magistrats, avocats et
officiers de police sur les moyens d'augmenter et d'améliorer le recours
aux alternatives. L'un des moyens serait qu'une délégation puisse
faire une visite d'étude au Royaume-Uni, en France ou dans un autre pays
où les alternatives mises en place dans l'intérêt de la
communauté sont plus et mieux développées. La France et le
Royaume-Uni doivent fournir une aide technique en adaptant certaines
alternatives aux particularités du contexte libanais et en prenant en
compte également quelques unes des expériences et des programmes
pilotes évoqués plus haut.

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