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Les
conditions de détention au Liban ont continué à se
dégrader ces dernières années, du fait notamment de
l'afflux continu des prisonniers dans des structures inadaptées. La
surpopulation demeure le problème majeur du système
carcéral libanais, la grande majorité des prisons connaissent un
excédent numéraire variant de 50 à 200%. La situation des
prisons de femmes est encore plus dramatique, surtout dans les
établissements périphériques comme à Zahleh. Dans
la caserne de Barbar el-Khazen, à Beyrouth, 36 femmes se partagent une
cellule de 20 m2. Les conditions de détention y sont "lamentables :
ça ressemble plus à une étable qu'à une prison",
affirme M. Waël Kheir, président de la Fondation des Droits de
l'Homme et du Droit Humanitaire-Liban. La prison centrale de Roumieh, ouverte
en 1971, est le seul établissement conçu à l'origine pour
être une prison. Mais elle était prévue pour accueillir
1700 détenus, alors qu'on estime à 4500 la population actuelle de
la prison. Même si aucune statistique sur le nombre exact de
détenus au Liban n'est disponible, à l'exception des chiffres
officiels communiqués par les Forces de Sécurité
Intérieures, la détérioration de la situation est telle
que les Autorités cherchent à entreprendre une vaste
réforme pénale et pénitentiaire.
L'association des ONG au projet de réforme
gouvernemental. Dans le cadre de la réforme pénitentiaire
et pénale, une plateforme d'ONG et des membres de la
société civile (CAP, Comité de Coordination pour l'Action
auprès des Prisonniers, se consacre à l'amélioration des
conditions de détention des prisonniers et de ce fait se penche sur la
réforme du système des prisons au Liban) ont jeté les
bases d'une réflexion d'ensemble sur la décongestion d'urgence du
système carcéral et la construction d'une administration
pénitentiaire placée sous la responsabilité du
ministère de la Justice. Il est en effet important de revoir
complètement la carte pénitentiaire du Liban pour permettre une
homogénéisation des lieux de détention : actuellement,
seuls quelques rares établissements répondent aux critères
d'une prison (Roumieh), mais la plupart ne sont que de simples cellules
aménagées dans des bâtiments administratifs ou des
rez-de-chaussée d'immeubles résidentiels. C'est pourquoi il faut
mettre en place une nouvelle politique pénale qui planifie le transfert
progressif de l'Administration des prisons au ministère de la Justice
[elle est actuellement sous tutelle effective du ministère de
l'Intérieur] en mettant en oeuvre les moyens qui permettent de
réduire la pression insupportable de l'inflation
carcérale.
Commission parlementaire du budget et des finances, 22 mars 2001. Au cours des dicussions sur l'adoption du budget 2002, consacrées au ministère de la Justice, des recommandations ont été faites au Gouvernement, pour la première fois, concernant l'humanisation des tribunaux et des prisons au Liban. Ont été définies les mesures nécessaires à la détermination des besoins dans toutes les régions libanaises, avec le double objectif de renvoyer au monde une image civilisée du pays et de garantir la dignité du citoyen. Symposium sur les prisons, 24 avril 2001. Sous l'égide du Goethe Institut et de l'Institut des Droits de l'Homme, un symposium sur les prisons a été l'occasion d'un bilan (voir "Activités"). Mona Fayyad, titulaire d'une chaire en Psychologie à l'Université Libanaise, estime que dans les prisons libanaises, "les détenus sont déchus de tous leurs droits civils et perdent leur dignité". Katharina Bennefeld-Kersten, auteur d'un livre sur les prisons, ajoute qu'un "système carcéral qui ne reconnaît pas la dignité des détenus ne peut permettre aucune réhabilitation". La Présidence libanaise rejette
le nouveau Code de procédure pénale, 28 avril 2001. La
Présidence libanaise s'est déclarée opposée
à l'assouplissement de la procédure pénale, alors que le
projet a été définitivement approuvé par la
commission parlementaire de l'Administration et de la Justice le 28 mars 2001.
Le rejet présidentiel s'appuie sur six points litigieux : L'amendement no 302 de la loi sur la peine de mort a été abrogé à l'unanimité par la commission parlementaire de l'Administration et de la Justice le 25 juin 2001. Certes la peine de mort est encore loin d'être totalement abolie, mais le rétablissment des circonstances atténuantes est un pas important pour les défenseurs des droits de l'homme. L'amendement no 302 condamnait en effet automatiquement les auteurs d'homicides à la peine capitale, sans aucune distinction. L'abrogation de l'amendement no 302 rétablit de jure les articles 547 et 548 du code pénal qui précisent les cas où la peine de mort s'impose, laissant aux juges une grande liberté pour attribuer les circonstances atténuantes aux coupables. L'abrogation de l'amendement a été accélérée par une vague de protestation émanant de plusieurs pans de la société. Les associations et organisations non-gouvernementales ont multiplié les initiatives pour faire naître une prise de conscience dans une opinion publique alors relativement désintéressée voire indulgente du fait de son besoin d'ordre et de sécurité après 17 années de guerre et d'absence d'autorité étatique (aujourd'hui, on estime à 90% la population favorable à l'abolition de la peine capitale). Le Mouvement des Droits des Gens notamment est à l'origine de manifestations spectaculaires et largement médiatisées dénonçant la peine capitale. A ce mouvement de la société civile s'ajoutent les protestations croissantes dans les milieux de la magistrature, de plus en plus mobilisée contre la peine capitale. Certains juges ont ainsi fait de la résistance passive, refusant de traiter les dossiers de personnes accusées d'homicides, sachant que la condamnation à mort ne pourrait être légalement évitée. A cette double mobilisation civile et juridique s'ajoutent les convictions abolitionnistes d'une grande majorité de députés. Parmi eux, les membres de la commission parlementaire de l'Administration et de la Justice (Nazih Mansour, Walid Eido, Elie Aoun, Ahmed Fatfat, Robert Ghanem, Mohammed Raad, Ghazi Zeayter, Nehmetallah Abi Nasr et Yassine Jaber), qui ont abrogé à l'unanimité cet amendement qui avait été voté en 1994 à l'initiative du Président Hraoui (sous son mandat -prolongé- le Liban a connu le plus grand nombre d'exécutions).
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