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Délinquance juvénile au
Liban
"Les mineurs doivent
être détenus dans des conditions tenant dûment compte de
leur statut et de leurs besoins particuliers en fonction de leur âge, de
leur personnalité et de leur sexe, du type de délit ainsi que de
leur état physique et mental, et qui les protègent des influences
néfastes et des situations à risque. Le principal critère
pour le classement des mineurs privés de liberté dans les
différentes catégories doit être la nécessité
de fournir aux intéressés le type de traitement le mieux
adapté à leurs besoins et de protéger leur
intégrité physique, morale et mentale ainsi que leur
bien-être."
Règle 28 des Nations
Unies pour la Protection des Mineurs
Privés de Liberté,
résolution 45/113 du 14 décembre 1990
Durant lannée 1999, les tribunaux
pour enfants libanais ont prononcé 1222 mesures juridiques à
légard de 1147 mineurs. 24,5% de ces mineurs sont condamnés
à des peines demprisonnement. Les mineurs condamnés sont
dirigés vers des centres de rééducation dans la limite des
places disponibles. Les autres sont incarcérés dans les prisons
pour adultes et vivent dans des conditions complètement
inadaptées à leur situation. Plusieurs cas de mauvais
traitements, dabus physiques et mentaux, dhumiliations sont
relevés. Il ny a aucun centre de détention
spécifique pour les mineures délinquantes.
La
délinquance juvénile au Liban : état des lieux
Cadre juridique Au
Liban, la législation concernant la délinquance juvénile
(définie comme la transgression de la loi par un mineur) et la
protection des mineurs comprend essentiellement le décret-loi 119 du 16
septembre 1983, s'appliquant à tout mineur âgé de 7
à 18 ans révolus. Aucune mesure pénale ne peut être
exercée contre un mineur de moins de 7 ans. Ce décret-loi
prévoit quatre mesures juridiques : - La mesure de protection. Le
mineur est confié à ses parents ou à une famille
d'accueil. - La mesure de probation. Le mineur est placé sous la
surveillance de l'UPEL (Union pour la Protection de l'Enfance au
Liban). Ces deux mesures sont appliquées quelle que soit
l'infraction commise si l'enfant n'a pas atteint 12 ans révolus. -
Les mesures de rééducation et de correction. Les mineurs sont
placés dans des centres de rééducation ou de correction
selon la gravité du délit. Ces deux mesures, associées aux
mesures de probation, concernent les enfants âgés de 12 à
15 ans. - Les peines atténuées (amendes ou emprisonnement)
concernent les crimes passibles d'emprisonnement à
perpétuité ou de condamnation à mort. De 5 à 15 ans
d'emprisonnement sont requis contre les crimes passibles de la peine capitale
commis par des mineurs. Ces peines ne sont théoriquement pas applicables
aux mineurs de moins de 15 ans.
Mineurs délinquants et peines de prison
Selon le rapport
Délinquance juvénile et Mineurs en Danger au Liban, publié
en mars 2000 par l'Office des Nations Unies pour le Contrôle des Drogues
et la Prévention du Crime, 53,5% des mesures prises par les six
tribunaux pour enfants du Liban (Beyrouth, Mont-Liban, Tripoli, Saïda,
Nabatieh et Békaa) sont des peines atténuées,
"déclinées sous forme soit d'amendes (29,1%), soit
d'emprisonnement (24,5%) [...] Dans la majorité des cas, les peines de
prison infligées sont de courte durée". Trois
établissements accueillent les mineurs condamnés à des
peines de prison (carte) : - La prison centrale de Roumieh (60% des mineurs
y sont détenus en 1997 selon les organisations locales). - Les
centres de rééducation de Fanar et de Baassir,
gérés par l'UPEL, qui accueillent les mineurs de moins de 15
ans. En 2000, 368 mineurs sont détenus, 281 dans la prison centrale
de Roumieh, 58 au centre de rééducation de Baassir et 29 à
celui de Fanar.
La situation des mineurs dans les prisons Observatoire International des Prisons, Rapport
d'observation sur les conditions de détention des mineurs dans 51
pays : Les
mineurs incarcérés, comme les autres prisonniers au Liban, vivent
dans des conditions complètement inadaptées à leur
situation et contraires aux normes internationales relatives au traitement des
détenus et prisonniers (conventions internationales). - Il n'existe
pas de centre de détention spécifique (prisons) pour mineurs, et
les jeunes détenus de la prison de Roumieh partagent les cellules des
adultes, malgré une aile du bâtiment aménagée pour
les mineurs. La situation "présente des problèmes de contact avec
les détenus adultes et des risques d'exploitation" (Rapport de l'ODCCP).
- Les filles mineures purgent leur peine dans les prisons pour femmes
(à Baabda, Beyrouth, Jdeidé ou Zahlé). La
séparation des adultes et des mineurs n'est pas toujours
respectée, et le personnel de garde est soit mixte, soit
entièrement masculin. - Plusieurs cas d'abus sexuels et de
prostitution sont relevés, du fait de cette promiscuité,
notamment à la prison centrale pour adultes de Roumieh. Les
organisations locales relèvent également des cas fréquents
de châtiments corporels. - Les mineurs sont également victimes
de la surpopulation dans les prisons et des carences alimentaires et
médicales. En 1997, selon l'UPEL, la capacité totale d'accueil
des prisons est de 2050 personnes, et le nombre de détenus atteint 270%
de cette capacité. A la prison de Tripoli, une pièce de 57
mètres carré fait office de cellule pour 25 mineurs. Les
températures peuvent descendre en dessous de 0 en hiver et
dépasser les 40° en été.
A la prison centrale
de Roumieh, dans le quartier des mineurs, les jeunes délinquants dorment
à même le sol, entassés dans leurs cellules, ou dans les
couloirs. Les repas sont souvent froids et de mauvaise qualité, les
mineurs mangent par terre dans leur cellule, et l'eau est distribuée
deux fois par jour dans des seaux. Des soins médicaux sont
assurés dans les centres pour mineurs. Dans les prisons, les conditions
d'incarcération favorisent la propagation de maladies contagieuses
(tuberculose, eczéma), du SIDA, de l'hépatite B et C. Le haschich
et la cocaïne circulent librement à Roumieh.
Orientations bibliographiques - UN-ODCP, Office des Nations Unies pour le
Contrôle des Drogues et la Prévention du Crime, Bureau
Régional pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord, Délinquance
juvénile et Mineurs en danger au Liban, mars 2000. - Observatoire
International des Prisons, Rapport d'Observation sur les conditions de
détention des mineurs dans 51 pays, France, mai 1998.
Annexe La situation en 19991
Aperçu global Durant l'année 1998, les tribunaux pour enfants
ont prononcé 1222 mesures juridiques à l'égard de 1147
mineurs ayant commis des infractions. 24,5% de ces délinquants, soit 299
personnes, ont été condamnées à des peines de
prison allant de moins de 2 mois (environ 40% des peines de prison) à
plus de 3 ans (seulement 3% des peines).
Nationalité La plupart des personnes jugées est
d'origine libanaise (62,1%), puis syrienne (21,8%) et enfin palestinienne
(8,4%).
Age tableau extrait du
rapport de l'UN-ODCCP sur la Délinquance juvénile, page 14 :
Répartition des personnes jugées par les six tribunaux pour
enfants selon leur âge en 1998.
| |
Mont-Liban |
Saïda |
Nabatieh |
Tripoli |
Békaa |
Beyrouth |
Total |
| Ans |
Effectif |
% |
Effectif |
% |
Effectif |
% |
Effectif |
% |
Effectif |
% |
Effectif |
% |
Effectif |
% |
| 7 |
1 |
0.44 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
0.1 |
| 8-11 |
2 |
0,87 |
1 |
0,5 |
- |
- |
2 |
1,0 |
- |
- |
3 |
0,9 |
8 |
0,7 |
| 12-14 |
17 |
7,42 |
11 |
5,9 |
1 |
3,6 |
18 |
9,4 |
14 |
7,1 |
>16 |
5,0 |
77 |
6,7 |
| 15-18 |
119 |
52 |
126 |
68,1 |
19 |
67,9 |
135 |
70,7 |
135 |
68,9 |
247 |
77,7 |
781 |
68,1 |
| 19-21 |
62 |
27,1 |
35 |
18,9 |
3 |
10,7 |
24 |
12,6 |
27 |
13,8 |
41 |
12,9 |
192 |
16,7 |
| 22-30 |
18 |
7,86 |
8 |
4,3 |
4 |
14,3 |
8 |
4,2 |
19 |
9,7 |
5 |
1,6 |
62 |
5,4 |
| + 30 |
8 |
3,49 |
3 |
1,6 |
- |
- |
4 |
2,1 |
1 |
0,5 |
1 |
0,3 |
17 |
1,5 |
| n.d. |
2 |
0,87 |
1 |
0,5 |
1 |
3,6 |
- |
- |
- |
- |
5 |
1,6 |
9 |
0,8 |
| Total |
229 |
100 |
185 |
100 |
28 |
100 |
191 |
100 |
196 |
100 |
318 |
100 |
1147 |
100 |
Sexe
tableau extrait du rapport de l'UN-ODCCP sur la Délinquance
juvénile, page 15 : Répartition des personnes jugées par
les six tribunaux pour enfants selon le sexe.
| Tribunaux pour enfants |
Féminin |
Masculin |
Total |
% Masculin |
% Féminin |
| Beyrouth |
13 |
305 |
318 |
95,9 |
4,1 |
| Mont-Liban |
10 |
219 |
229 |
95,6 |
4,4 |
| Tripoli |
6 |
185 |
191 |
96,9 |
3,1 |
| Nabatieh |
- |
28 |
28 |
100 |
- |
| Saïda |
- |
185 |
185 |
100 |
- |
| Békaa |
6 |
190 |
196 |
96,9 |
3,1 |
| Total |
35 |
1112 |
1147 |
96,9 |
3,1 |
Niveau d'éducation et catégorie
socio-professionnelle La
majorité des personnes jugées en 1998 a été
scolarisée (69,8% contre 22,8% d'analphabètes). 61,3% des
personnes jugées étaient des ouvriers, 17% des étudiants,
10,5% des chômeurs et 1,8% des militaires ou miliciens.
(1) : chiffres extraits du rapport de l'UN-ODCCP
(Office des Nations Unies pour le Contrôle des Drogues et la
Prévention du Crime) - Bureau Régional pour le Moyen-Orient et
l'Afrique du Nord, Délinquance juvénile et mineurs en danger au
Liban, mars 2000.
Quelques chiffres (sources :
L'Orient-Le Jour2 et UPEL3)
Procès et enfants concernés (chiffres 1997)
| Provices-villes |
Total des procès
intentés |
Total des enfants |
Garçon |
Fille |
| Beyrouth |
525 |
706 |
676 |
30 |
| Mont-Liban |
800 |
1194 |
1140 |
54 |
| Tripoli |
273 |
341 |
337 |
4 |
| Zahlé |
220 |
275 |
267 |
8 |
| Nabatieh |
46 |
57 |
54 |
3 |
| Saïda |
315 |
422 |
403 |
19 |
| Total |
2179 |
2995 |
2877 |
118 |
Nationalité (chiffres 1997)
| Mohafazats et villes |
Libanais |
Pays arabes |
Autres |
Total |
| Saïda |
219 |
191 |
12 |
422 |
| Nabatieh |
55 |
2 |
- |
57 |
| Beyrouth |
396 |
236 |
74 |
706 |
| Tripoli |
142 |
88 |
12 |
341 |
| Mont-Liban |
121 |
85 |
7 |
213 |
| Total |
933 |
602 |
105 |
1739 |
Quelques types de délits
| Délit |
Beyrouth |
Mont-Liban |
Zahlé |
Tripoli |
Nabatieh |
Saïda |
| Vols
caractérisés |
152 |
301 |
31 |
47 |
6 |
47 |
| Vol ordinaire, tentative de
vol |
73 |
145 |
17 |
57 |
10 |
46 |
| Assassinat et usage d'armes,
évasion de prison |
19 |
28 |
27 |
10 |
3 |
7 |
| Prostitution, viol et tentative de
viol |
2 |
5 |
2 |
4 |
2 |
3 |
| Trafic de drogue, vol et usage de
drogue |
9 |
22 |
7 |
1 |
2 |
- |
| Acte de falsification, trafic de
monnaie falsifiée et fraude |
16 |
51 |
4 |
5 |
- |
5 |
| Coups et menaces |
82 |
21 |
40 |
50 |
4 |
39 |
| Port d'arme, destruction de
voiture |
21 |
87 |
16 |
16 |
3 |
19 |
| Entrée et résidence
illégale |
28 |
30 |
8 |
17 |
- |
23 |
| Mendicité |
17 |
- |
- |
- |
- |
4 |
(2) :
L'Orient le Jour, édition du lundi 26 octobre 1998, dossier
réalisé par Jean-Claude GABRIEL (3) : UPEL, Union de
la Protection de l'Enfance au Liban, ONG créée en 1936

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