L'accès aux cellules pour les ONG

L'accès aux cellules est, en principe, systématique, même si cela dépend beaucoup des circonstances et du type d'ONG. Pour celles dont l'activité ne concerne pas uniquement les prisons et le droit des détenus, l'accès est beaucoup plus discrétionnaire. En principe, un permis annuel est accordé aux personnes qui travaillent dans des ONG ou qui appartiennent à des congrégations, religieuses ou autres... Une demande écrite est adressée au Ministère de l'Intérieur qui s'assure de l'objectif de la demande et qui décide ou non d'accorder le permis. Certaines ONG ont donc un permis annuel qui leur donne accès à toutes les prisons sans problème. D'autres ne sont titulaires que d'un permis officiel leur donnant accès aux prisons qu'une seule fois, et l'accès dépend beaucoup du bon vouloir de la direction ou des gardiens.

Les problèmes résultant de la surpopulation carcérale

Sur le plan sanitaire
- Problème de l'hygiène collective : manque de propreté des locaux, environnement physique bruyant, atmosphère polluée (fumée de cigarettes, respiration, manque d'aération et de ventilation). Cet environnement affecte autant la santé physique (augmentation des pathologies respiratoires, asthme, complications des maladies chroniques, cardiaques ou diabète, rhumatismes, problèmes de vision...) que la santé mentale (troubles psychiques, dépressions nerveuses, énervement idiopathique, agressivité, conflits continuels, disputes, insultes, stress...).

- Risque de propagation de maladies infectieuses induites par la contamination (otites suppurantes, maladies dermatologiques, hépatite...).

Dans la prison centrale de femmes de Baabda, il y a quatre cellules très restreintes qui comprennent entre 20 et 25 détenues par cellule. Même situation dans les autres prisons pour femmes au Liban. A Baabda, le nombre des détenues atteint parfois 125 (soit un taux de surpopulation avoisinant les 200% si l'on se réfère aux chiffres officiels de capacité d'accueil des prisons transmis par les Forces de Sécurité Intérieure). Les mineures sont emprisonnées avec les adultes. Il y a une salle bain par cellule, aucune possibilité de marcher ou de voir le soleil, de respirer de l'air frais. Il n'y a pas de lits, seulement des matelas très étroits ; chaque trois détenues dorment sur deux matelas

Sur le plan relationnel et social
la surpopulation carcérale et la promiscuité dans les cellules favorisent :
-l'homosexualité (surtout que la répartition des détenus ne tient pas toujours compte de l'âge, de la nature du crime...).
- le jeu du pouvoir d'un leader sur le groupe.
- la perte de l'espace propre (pas de territoire personnel, perte d'une identité propre).
- manque de respect de l'intimité individuelle même pour les besoins les plus intimes (salles de bain sans porte d'isolation), sentiment d'humiliation constant.
- Création de conflits pour l'aménagement de l'espace, partage des matelas et de tous les autres ustensiles nécessaires à la vie quotidienne

Sur le plan de la gestion des ressources
Quelles que soient les ressources humaines, financières et matérielles, la surpopulation carcérale rend les budgets alloués au service pénitencier insuffisants pour répondre aux besoins essentiels de la population carcérale:
- difficulté d'accès pour les services et les demandes d'aide
- manque de communication entre les personnes incarcérées et les services pénitenciers
- lenteur dans la prise en charge des dossiers (formalités juridiques notamment)
- retard dans les réponses aux demandes de soins (examens de sang, distribution des médicaments)
- insuffisance de l'eau, du matériel d'hygiène, de la nourriture
- affaiblissement des conditions de sécurité
- inégalité dans les services rendus
- augmentation de la tension chez les deux partenaires (personnes incarcérées et services pénitenciers) qui rend la relation sujette à des éclats à n'importe quel moment, notamment à la maltraitance par les gardes pour maintenir un certain ordre